Article entièrement rédigé par Bouchra ZEROUAL

biopiraterie.JPG

Telle que définie par le Collectif pour une alternative à la biopiraterie, la biopiraterie désigne « l'appropriation illégale et la marchandisation des ressources biologiques et des connaissances traditionnelles des peuples ruraux et autochtones ». Un atelier sur le sujet visant à sensibiliser les participants au Sommet des peuples avait lieu jeudi à 11 heures en présence de Vandana Shiva et Benki Ashaninka. Du beau monde qui a ameuté environ 250 personnes. Chapeau aux organisatrices !

Le Collectif pour une alternative à la biopiraterie regroupe la Fondation France Libertés Danielle Mitterrand, ICRA international et Parole de nature. « Notre but en venant ici est double : sensibiliser les populations autochtones aux dangers de la biopiraterie pour faire de la prévention et faire entendre notre voix auprès des décideurs, explique Rozenn Le Berre qui travaille au sein du Collectif. »

Après le discours des deux stars de la lutte contre le brevetage du vivant, trois intervenants s'installent à la tribune et racontent comment ils tentent de lutter au sein de leurs associations, avec peu de moyens évidemment mais surtout un cadre légal international inapproprié à la transmission des connaissances dans les populations autochtones mais adapté à la propriété individuelle. Ilko Rogovich Rojas de la Société péruvienne du droit de l'environnement s'exprime au nom de la Commission péruvienne de lutte contre la biopiraterie. Lourdes Laureano représente l'association brésilien Pacari et Michael F. Schmidlehner président de l'association brésilienne Amzaonlinks.

Le Pérou est le seul pays à s'être doté – en 2004 – d'une commission nationale spécialisée dans la biopiraterie. Suite au brevetage du tubercule Maca par la société américain Pure World, la mobilisation des associations péruviennes a conduit à l'annulation du brevet en Europe, mais pas aux Etats-Unis, où la Commission nationale envisage une action en justice devant les tribunaux. « Envisage » car une telle action demande des ressources financières et des experts en droit américain de la propriété intellectuelle. La Commission n'emploie qu'un salarié qui veille sur les brevets déposés dans le monde entier sur les ressources génétiques de son pays. Pour lui faciliter la tâche, le Pérou a établi une liste de 60 ressources biologiques de grande importance. Le travail reste ardu !

Au Brésil et dans tous les autres pays du monde, ce sont les associations qui portent le combat auprès des autorités. Lutter contre un brevet déjà déposé étant très difficile, les associations mettent l'accent sur l'information des populations autochtones. Atelier de discussion, théâtre participatif, panneau informant les visiteurs de la communauté des droits de chacun (visiteur et habitant), les outils utilisés par Amazonlinks sont variés et portent leur fruit. En travaillant avec ces populations, Michael F. Schmidlehner a compris que leur mode même de transmission du savoir diffère du nôtre. La transmission se fait oralement et est basée sur la relation à autrui.

Une des solutions mise en œuvre par Pacari consiste à consigner les savoirs ancestraux basés sur la biodiversité dans une base de donnée, secrètement gardée. L'outil semble fragile. Comment garantir la confidentialité des données ? Écrire les savoirs ne modifiera-t-il pas la transmission traditionnellement orale des savoirs ?

Les défis sont nombreux. Le premier selon M. Rogovich Rojas sera de définir la biopiraterie au niveau international sous égide de l'ONU en présence de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Le second est d'engager des échanges avec les entreprises, qui parlent de leur côté de « partage des bénéfices ». Un autre évidemment est d'alerter le plus grand nombre des dangers de la biopiraterie. « Et en tant que consommateur, nous sommes tous concernés, disait une participante. » Pays du nord, pays du sud : tous concernés !